

VOUS QUI ENTREZ…
demeurez.
Toute tentative de créer une œuvre est une survivance. La mienne l’est au sens le plus littéral, arrachée à ce qui aurait pu n’être que silence et oubli. C’est peut-être pour cela qu’elle ne sait pas faire autrement que de ruminer ce que le monde préfère tenir à distance : l’enfance trahie, le Mal à l’œuvre dans le quotidien le plus ordinaire, la question de Dieu posée là où elle brûle vraiment, là où personne ne veut avoir à regarder.
Je photographie depuis la périphérie. L’innocence y est une réalité déchirée, et sainte, précisément parce que déchirée. Mes poupées ont perdu la mémoire ; mes mannequins ont un secret indicible. Les lieux que j’habite ont été désertés par les hommes, mais pas par Dieu, et c’est cette présence-là que je traque, sans garantie de la trouver, sans certitude qu’elle me sauve.
Le Christ. Pas celui des façades ni des certitudes bien gardées. Celui du sheol, de la descente, du silence abyssal du Samedi saint. Celui qui connaît la tentation du néant pour l’avoir traversée. Le seul qui ne mente pas sur ce qu’est le Mal. C’est pour cela, uniquement pour cela, qu’Il est au centre de ce travail comme Il est au centre de ma vie.
Ces photographies ne cherchent pas à plaire. Elles cherchent ceux qui reconnaissent dans une image ce qu’ils portaient en eux sans savoir le nommer. Les autres passeront leur chemin.
